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vendredi, 04 février 2011

Impressions du Comice agro pastoral

Comice agro pastoral d’Ebolowa :

Des mendiants handicapés ternissent l’image de cette catégorie qui n’en avait pas besoin….

Les personnes handicapées a-t on coutume de dire, sont des êtres humains à part entière. Pour cela, elles n’ont pas fait la politique de la chaise vide par rapport au plus grand rendez-vous du monde rural et paysan du Cameroun.

La situation que nous décrions est une inspiration de quelques participants handicapés qui n’ont pas du tout apprécié le comportement de leurs « frères et sœurs » qui sont allés à Ebolowa se livrer à la mendicité. La mendicité en pleine foire où tous les êtres humains évoluant dans le monde de l’artisanat, de l’agriculture, de l’élevage ou des pêches viennent montrer leur savoir faire. C’est le cas de 18 personnes handicapées parmi les quels des aveugles et des handicapés physiques venus fraîchement de Yaoundé la capitale où elles ont pour « profession » ou activité principale ; la mendicité. Dans la capitale, ces personnes sont présentes dans toutes les manifestations et lieux publics, arnaquant les personnalités et importunant les autres citoyens. Le plus surprenant c’est que dans ce groupe se trouve le fondateur d’une institution scolaire…, un éducateur, un enseignant… Ces dix huit mendiants handicapés professionnels, à défaut d’aller exposer le produit de leur savoir faire agro pastoral ou artisanal, ont préféré aller s’exposer hors des stands et ternir l’image de celles des personnes handicapées qui pensent que « le handicap n’est pas une fatalité » ou que « handicap n’est pas synonyme de mendicité ». Ce groupe de dix huit a donc passé son séjour dans la capitale du Sud à arnaquer les hautes personnalités de la république dont elles connaissent d’ailleurs les domiciles à Yaoundé. Même le chef de l’Etat, Son Excellence Paul BIYA n’a pas échappé. Ce dernier, selon nos informateurs leur aurait demandé ce qu’il pouvait faire pour elles.

« Nous voulons faire du commerce » lui ont-il répondu. Quelques temps après, une enveloppe pleine d’argent leur est parvenue. Le magot reçu, elles se sont bien déchirées pour le partager. C’est finalement dans les gargotes, les débits de boisson et les prostituées qui avaient revu leurs tarifs à la hausse que « ce fonds de commerce » reçu du Président de la République a terminé sa course…. Un non voyant dont nous taisons le nom affirme avoir reçu la somme de trois cent mille francs. Dommage qu’avec une telle quantité d’argent, ces « mendiants professionnels » ne puissent pas réaliser quelque chose de bon. Au moment où nous publions cet article, beaucoup parmi eux, revenus dans la capitale, écument déjà toutes les cérémonies de présentation de vœux aux Ministres, ces mêmes Ministres qu’ils auront arnaqué … à Ebolowa. Quel gâchis !

A l’opposé, leurs pairs d’ Ebolowa plus dignes, biens vêtus, responsables dans leur comportement, sortaient en groupe pour visiter les stands, discuter et échanger avec les autres personnes handicapées venues de Yaoundé. Des échanges fructueux aux dires de nos informatrices.

La participation positive des personnes handicapées à ce grand rendez-vous du donner à voir et du donner à déguster ou à acheter s’est, matérialisée par la présence quoi que tronquée de 21 personnes handicapées venues participer pour le compte du ministère en charge des personnes handicapées, le ministère des affaires sociales. En effet, selon nos sources, certaines de ces personnes ne sont pas du tout connues ou reconnues comme cultivatrices, éleveurs ou artisans dans la ville de Yaoundé exposaient les poulets et autres produits qu’elles ne produisent effectivement pas. Approchées par celles qui prennent part régulièrement aux manifestations de ce genre à Yaoundé, celles-ci semblaient gênées et préféraient se taire question de masquer la supercherie qui s’était tramée autour de leur participation. A la fin, ces faux exposant instrumentalisés comme le sont régulièrement les personnes handicapées ont reçu des appuis financiers allant jusqu’à cent mille francs qu’elles ont certainement partagé avec les personnes qui les avaient emmenées. C’est une pratique courante. D’autres ont reçu du matériel agricole, des cannes blanches et bien d’autres… Certaines personnes handicapées venues de Yaoundé, et appartenant à des structures bien connues et faisant dans les domaines représentées à cette grande foire, se demandent comment le ministère des affaires sociales a fait pour sélectionner les personnes qui ont finalement animé leurs stands. Y a t-il eu des sélections comme ça se fait en pareille circonstance, si oui où et quand ont-elles eu lieu. D’autres à l’instar de Michel AMBELA, (sculpteur) et Henri TCHATCHUING (éleveur –vannier non voyant) disent avoir fait des tours dans les centres sociaux des arrondissements qu’ils habitent à Yaoundé. Aucune information concernant cet évènement. AMBELA a tout de même pris le risque de partir pour le lieu de l’évènement où après un fort plaidoyer a obtenu le droit d’exposer dans l’un des stands du ministère des affaires sociales. Là s’arrêtait son assistance, il devait se battre pour se restaurer. L’une des rares associations de personnes handicapées à avoir participé à cet évènement, c’est l’association des femmes handicapées actives du Cameroun (AFHAC). Elle était représentée par deux de ses membres et prises en charge par la mairie d’arrondissement de Yaoundé IV. Bien que dormant à la belle étoile (village du festival), ces dames ont pu tirer leur épingle du jeu.

A la fin de cet évènement, nous avons eu des entretiens avec deux personnes handicapées qui nous livrent leurs sentiments sur la participation et le comportement de leurs pairs.

Henri TCHATCHUING (éleveur et vannier non-voyant) : « C’est inadmissible que pendant que nous nous battons pour être autonomes et gagner  dignement notre vie, d’autres personnes handicapées choisissent la mendicité comme activité principale. Ce sont des personnes qui donnent une mauvaise image de notre catégorie sociale, des gens qui veulent faire croire à la société que la personne handicapée ne peut pas vivre en menant des activités de manière honorable. Ce sont des gens qu’il faut chasser des rues et de toutes les manifestations publiques. Ce sont des paresseux et des parasites au même titre que les souris ou les cafards. Le ministère des affaires sociales devrait faire de efforts pour bien encadrer ses couches cibles une fois de plus. C’est lui qui encourage ce genre de personnes à la bêtise. Je suis un éleveur de lapins et de poulets, je fais aussi dans la vannerie. Je participe régulièrement aux foires et expositions. Je ne suis pas un inconnu dans notre paysage. Ce qui me surprend, c’est que je ne comprends pas comment notre ministère a fait pour emmener les gens au comice. Ailleurs, on aurait organisé de manière officielle une sélection afin de dégager des représentants véritablement actifs. Mais là j’ai l’impression qu’on a pris des copains ou des membres des familles au quartier pour les emmener à Ebolowa afin de partager l’argent. C’est ce genre de frustrations qui pousse parfois les personnes handicapées au découragement et à la mendicité que je condamne avec force ».

Une participante au comice agro pastoral raconte …

Adeline MOFOGNE est une dame handicapée physique allant sur fauteuil roulant. Présidente de l’association des femmes handicapées actives du Cameroun, ce poids lourd (au propre comme au figuré) du monde des personnes handicapées de Yaoundé brille par son dynamisme. Toujours présente chaque fois qu’il y a une activité concernant soit les femmes, soit les personnes handicapées. C’est cette qualité qui lui a valu l’honneur d’être retenue par la mairie de Yaoundé IV pour animer son stand. A l’issue de cet évènement mémorable, nous l’avons cueillie au détour d’une émission radio consacrée aux personnes handicapées pour qu’elle nous fasse le bilan de sa participation…

MBOLO CAMEROON : Dans quelles circonstances êtes vous partie au comice ?

Adeline MOFOGNE : J’ai été sélectionnée par la mairie de Yaoundé IV qui avait procédé à une sélection des acteurs susceptibles de la représenter valablement à cet évènement.

MBOLO CAMEROON : Pouvez-vous nous parler de votre participation et de ce que vous avez vu là bas ?

Adeline MOFOGNE : J’ai été impressionnée par la grandeur de l’espace consacré à cet évènement, plus de 40 ha. Ce n’était pas facile de le visiter dans son entièreté. Je puis vous dire qu’en une semaine passée là bas, je n’ai pas pu le visiter entièrement. J’ai eu la chance de saluer la première dame qui nous a encouragée. Nous avons pu présenter nos œuvres et fait notre marketing.

Ce qui était déplorable, c’est que l’on a pensé à tout le monde sauf à la personne handicapée. Je prends le cas des toilettes. Elles n’étaient pas accessibles aux personnes allant sur tricycle ou sur fauteuils roulants comme moi. Vous vous imaginez, faire une semaine sans avoir accès aux toilettes, c’était difficile.

MBOLO CAMEROON : Comment vous débrouilliez vous ?

Adeline MOFOGNE : (rires) C’était vraiment difficile. Il fallait attendre tard dans la nuit, au moment où le service de nettoyage venait faire la propreté pour profiter de faire ses besoins et pour s’abstenir toute la journée du lendemain. Il ne fallait pas beaucoup manger ni boire. Et vous savez qu’il y avait beaucoup d’occasions de déguster …

MBOLO CAMEROON : Malgré la réduction de votre mobilité, vous avez pu visiter des stands. Dites nous ce qui vous aura marqué.

Adeline MOFOGNE : En allant au comice, je ne savais pas que les camerounais travaillaient autant. J’ai vu plein de choses comme cette igname qui mesurait environ deux mètres. Il y avait aussi cette grosse pastèque qui pesait 40 kg. Je n’ai pas hésité à la goûter. Elle était succulente. Il y avait beaucoup de curiosités comme ça qui m’ont permis de mesurer la vitalité et l’ardeur des camerounais au travail. Dommage qu’après le départ du chef de l’Etat, les revendeurs soient venus tout acheter au détriment des populations locales et de nous autres .Nous n’avons pas pu profiter.

MBOLO CAMEROON : Nous avons appris que les prix des denrées avaient augmenté. Dites nous ce que vous mangiez et à combien vous l’achetiez.

Adeline MOFOGNE : La nourriture cuite coûtait très cher. C’était paradoxal par ce que la nourriture crue se vendait à des prix raisonnables. Le plat de bouillon de porc qui d’habitude coûte 500 francs était vendu à 2500 francs. Le plat de riz de 350 francs revenait à 1000 francs, c’est tout dire…

MBOLO CAMEROON : Qu’en était –il des personnes handicapées ?

Adeline MOFOGNE : Elles étaient nombreuses. 21 étaient là pour le compte du ministère des affaires sociales. Permettez que je profite de votre tribune pour lancer un appel aux autorités de ce département ministériel pour leur demander de considérer et de prendre au sérieux les personnes handicapées qui travaillent véritablement, et non celles qui sont là de manière ponctuelle. On a eu l’impression pour ce comice que le ministère a recruté des mercenaires pour venir exposer dans ses stands.

MBOLO CAMEROON : Voulez vous dire que le ministère des affaires sociales a amené des personnes inconnues ou alors des gens qui ne font pas dans les domaines représentés dans ses stands ?

Adeline MOFOGNE : Ce n’était pas des personnes handicapées connues dans le milieu ou reconnues comme éleveurs, agriculteurs ou artisans. Ce sont des gens qu’on ne verra plus dans cette posture une fois le comice terminé. C’était des exposants ponctuels qui sont venus toucher les frais de participation , recevoir les appuis et s’en aller. Le ministère des affaires sociales aurait été objectif à mon avis s’il avait puisé les exposants pour animer ses trois stands au sein des structures bien connues, qui travaillent au quotidien et qui ont fait leurs preuves à des échelons inférieurs. Il aurait pu procéder par des sélections. Il n’y a pas meilleur moyen d’encourager les personnes handicapées. En recrutant des exposants ponctuels, on tue le génie créateur des travailleurs pour encourager les partisans du moindre effort, les paresseux, les oisifs et les mendiants. Ces personnes ne fourniront plus jamais des efforts par ce qu’elles savent que coûte que vaille, elles seront toujours là, grâce à leurs affinités.

MBOLO CAMEROON : En définitive, quelle est la plus grande image que vous gardez de cet évènement ?

Adeline MOFOGNE : J’ai été impressionnée par le fait que la première dame ait montré une fois de plus sa considération pour les personnes handicapées. C’est grâce à elle qu’un groupe de personnes handicapées venues de Yaoundé pour mendier à Ebolowa ont reçu du Président de la République qui ne les avait pas vu lors de son passage, une enveloppe d’argent. Arrivée au niveau de notre stand, Madame Chantal BIYA a déjoué le protocole pour venir nous saluer et nous encourager. Par ce geste, elle a prouvé une fois de plus la grandeur de son cœur. Pour les prochaines fois, il faudrait prévoir pour les personnes handicapées à mobilité réduite surtout, des toilettes spéciales. Il faudrait que les décideurs sélectionnent les associations de personnes handicapées qui travaillent véritablement, des personnes compétentes et actives.

Propos recueillis par Didier ONANA©mbolocameroon 94788688

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