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mardi, 22 mars 2011

A la découverte de TOKOMBERE

A La découverte de Tokombéré.

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La région de l’Extrême Nord du Cameroun est la plus vaste, la plus peuplée et constitue par conséquent une force et un attrait sur le plan politique. A la veille des échéance électorales au Cameroun, Mbolo Cameroon fait une incursion dans l’une des communes de cette région : Tokombéré, chef lieu du département du Mayo sava. C’est le département d’origine de l’honorable Cavaye Yeguie Djibril, le président de l’Assemblée nationale du Cameroun depuis un certain nombre d’années. Nous avons rencontré pour cela, Monsieur kari deguer, le Maire de cette unité administrative qui nous sert de guide.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire, qui êtes-vous ?

kari deguer : Je suis né vers 1962 dans l’arrondissement de Tokombéré, département du Mayo sava. Je suis marié et père 13 enfants. J’ai deux épouses et suis greffier de formation.

Sur le plan politique,je suis d’obédience RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais). Je suis à trois mandats à la tête de la commune de Tokombéré et entame ma 15è année en politique. Je ne saurais dire que cette longévité n’est pas due au fait que mes populations apprécient mon travail. Je suis en bons termes avec elles.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire, pouvez vous à présent nous nous décrire la commune dont vous présidez aux destinées ?

kari deguer : La mairie de Tokombéré a une superficie de 520 km2 où habitent 140 000 âmes réparties en plusieurs ethnies. On peut citer entre autres les madas, les zoulzos, les molgos, les wulémés, les moyangs, les FULBES, guemchés, les guizigas et les mbokos. Une mosaïque de peuples qui s’entendent très bien dans la diversité. Depuis la nuit des temps, il n’y a jamais eu de problèmes majeurs. Les gens vivent en paix.

Mbolo cameroon : De quoi vivent toutes ces populations ?

kari deguer : Les populations de tokombéré vivent de l’agriculture. Les principales cultures pratiquées sont le mil, les arachides, le vouanzou, le fonio. Du coté des montagnes, vers DALAZO, il y a la canne à sucre, et les maraîchers dans presque toutes les différentes localités. Sur le plan alimentaire, on trouve le mil qui est une denrée très riche et fort appréciée, la patate, le taro et la banane douce. On ne meurt pas de faim ici. Côté boisson, nous avons notre boisson traditionnelle qu’on appelle le Bil Bil . Ce n’est pas tout le monde qui consomme la bière qui déjà coûte plus cher que notre boisson traditionnelle. Nos populations n’ont pas assez de moyens pour aller boire dans les bars et autres lieux assez chics. Comme il n’y a jamais de règles sans exception, sachez qu’il y a des gens qui ont des moyens issus du fruit de leurs activités et qui vont dans les milieux mondains consommer ce qui leur plait.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire, que peut-on retenir sur le plan culturel de Tokombéré ?

kari deguer : Toutes les ethnies citées plus haut ont des valeurs et des spécificités culturelles qui les caractérisent. Elles sont riches et variées. Toutes ces ethnies ont des danses et d’autres formes d’expression, d’où la variété. Il faut toutes fois signaler que malgré cette diversité d’expression, nous n’avons pas encore de festival culturel. Mais les jeunes de notre commune ont souvent crée des sortes de rencontres culturelles de manière informelle. Nous entendons combler ce vide dans les années à venir avec l’aval de notre jeunesse. Nous comptons faire des évènements grandioses afin de solliciter des apports extérieurs qui permettront de donner une envergure à la dimension de notre richesse et de notre diversité.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire intéressons nous un peu au mariage dans votre commune. Pouvez –vous nous dire ce que ça coûte pour prendre pour épouse une fille de Tokombéré ?

kari deguer : Chez nous la dot, vous pouvez vous rassurer, n’est pas chère si vous vous entendez avec votre amante. La belle famille aimerait simplement que sa fille aille en mariage et vive dans de bonnes conditions. Donc, on ne demande particulièrement rien. L’important, c’est d’être en de bons termes avec votre fiancée. Le reste n’est que symbolique. On n’exige pas des boeufs comme vous entendez. On vous reçoit, on requiert l’avis de la fille. Si l’entente est parfaite, ça va. S’il y a un cas de malheur dans votre belle famille, en tant que beau-fils, votre contribution est parfois attendue. Une chèvre, du vin et quelques vivres font l’affaire.

Mbolo cameroon : Parlons un peu du tourisme Monsieur le Maire.

kari deguer : Disons que parmi les activités menées dans notre

Commune, il y a la vannerie. Des produits artisanaux de bonne qualité sont fabriqués et vendus. Nous avons des tables en feuilles de palmier rônier qu’on vulgarise. Des gens viennent en chercher en grande quantité pour en faire toute sortes de meubles. Il y a aussi des grottes notamment à Mokio où les anciens restaient. Elles existent encore aujourd’hui. Les animaux y vivent et on peut les voir. Dans les différentes montagnes, on trouve des grottes qui constituent une véritable attraction. Elles sont généralement le gîte des animaux tels que les panthères, les cynocéphales, les chimpanzés et bien d’autres espèces animales. Ces animaux descendent parfois jusque dans la plaine chercher des proies. Dans ces montagnes, il y a des eaux qui ruissellent parfois toute l’année. On les découvre dans les fonds de montagne et se retrouvent dans une sorte de cuvette pour le grand bonheur des animaux qui viennent s’y abreuver et des montagnards qui viennent puiser de l’eau pour leurs activités. Il faut aussi vous dire que dans notre commune, nous avions monté un projet visant à construire une sorte de campement qui nous permettrait de recevoir quelque soit leur nombre, les étrangers qui viendraient ici, ou même ceux qui, vivant hors de chez nous viendraient dans le but de découvrir notre région. Nous sommes aussi entrain d’arranger nos différentes routes avec l’aval de nos élites qui ont touché les hauts sommets de la république afin que cette viabilisation soit effective. Nos populations veulent voir le désenclavement de notre sphère géographique. Nous avons monté un projet que nous avons envoyé au Ministère du plan et de l’aménagement du territoire (Minepat) pour que d’ici les trois années à venir, toutes ces routes soient viables. Nous construirons progressivement des routes et dès que ce projet prendra fin, on reprogrammera d’autres. L’accès aux différentes localités sera ainsi facile.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire, quelles sont les ressources de votre mairie et quelles relations entretenez vous avec le fonds d’équipement et d’intervention communale (Feicom) ?

kari deguer : Il faut vous dire la vérité, nos populations sont pauvres. Si aujourd’hui la mairie de Tokombéré vit, elle le fait avec les centimes additionnels communaux. L’impôt libératoire sur le bénéfice agricole que nous plaçons est insignifiant par ce que les populations sont démunies. Elles sont habituées aux choses que certaines leur disaient au début de la démocratie au Cameroun. Les promesses du genre « on ne va plus payer l’impôt. L’impôt ne servira à rien… » Elles ont ancré ça dans leurs têtes si bien que le recouvrement de ces taxes là est devenu difficile malgré la sensibilisation. La commune de Tokombéré a ses petites recettes de marché. Les droits de place sur le marché ne rapportent pas gros et ne peuvent aucunement permettre de réaliser des projets. Avec les centimes additionnels communaux, nous avons réalisé de projets comme la construction des salles de classe, les hangars de marché, les magasins de stockage, la réfection des routes entre autres. Avec les projets tels que les programmes de certaines ONG avec qui nous sommes en relation et en partenariat, nous parvenons à faire aussi certaines réalisations.

Mbolo cameroon : Avez-vous justement pensé à des jumelages avec les communes des autres pays ?

kari deguer : Nous envisageons faire des jumelages avec l’extérieur. Seulement, quand on parle de jumelage, ça ne veut pas dire que quand vous irez, on vous donnera tout ce que vous demanderez ou tout ce que vous envisagez faire pour votre commune. C’est de l’échange. Là bas, vous arrivez, vous vous entretenez. Ils ont des articles ou d’autres choses comme des engins qu’ils peuvent vous donner. En retour il faut que vous leur trouviez aussi une compensation. Vous comprenez que c’est de l’échange entre commune et partenaires extérieurs. C’est la même chose à tous les niveaux. Le jumelage n’est pas un cadeau qu’on va prendre à l’extérieur. C’est des échanges à tous points de vue. Au moment où nous nous entretenons, nous avons un voyage en vue dans la commune française d’Oléron où l’association des communes de montagnes nous a invité compte tenu du fait que nous sommes aussi des habitants des montagnes. Nous allons échanger les expériences afin que chacun, en ce qui le concerne, expose sa situation. Il faut aller voir et demain aussi, nous allons les inviter à venir découvrir notre localité et nos montagnes.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire, dans l’imagerie populaire ici à Yaoundé où cet entretien est réalisé, l’on dit que sur le plan sanitaire, la région de l’Extrême Nord est mal lotie. Qu’en est il particulièrement de votre commune ?

kari deguer : Malgré les efforts des pouvoirs publics, pour pourvoir notre circonscription en infrastructures sanitaires, beaucoup reste encore à faire. Nous avons l’hôpital de district de Tokombéré, le centre privé catholique Père Christian à Maga, il y a des centres de santé intégré à Oulémé, à mangavè, à Mamfiza et dans d’autres localités environnantes. Nous sommes entrain de construire un autre centre de santé intégré à Mokio et à Kotaba. Toutes ces infrastructures verront le jour cette année.

Mbolo cameroon : Parlons un peu des activités sportives …

kari deguer : Il ne manque jamais d’activités sportives dans la ville. L’activité sportive est abondante et intense surtout pendant les vacances scolaires. Pendant l’année scolaire, il existe des compétitions inter établissements. Le football, la handball, le basket-ball, le volley-ball et autres sont pratiqués par les jeunes. Le sport dans chaque localité occupe une place importante. Il contribue à son animation. Il existe des tournois et compétitions inter quartiers et de temps en temps nous allons les présider en apportant des contributions et en donnant des primes et aides financières. Ces activités donnent un peu de vie à ces localités évitant ainsi l’oisiveté et des dérives. Les jeunes ne se dispersent pas et s’occupent à faire quelque chose.

Coté infrastructures sportives donc, nous utilisons les terrains vagues que les jeunes construisent pour la pratique de ces différentes disciplines sportives. Quand nos moyens nous le permettent, nous leur apportons de l’aide quelque soit le volume de cette dernière.

Mbolo cameroon : Monsieur le maire, une certaine opinion a toujours pensé qu’au Grand nord, l’éducation scolaire n’est pas la préoccupation des populations, surtout des jeunes filles qui sont accusées de rester à la maison. Qu’en est-il dans votre commune ?

kari deguer : Ce n’est pas vrai. Nous avons des lycées à Tokombéré, à Galaga, Mada, Kotaba, le collège Baba Simon. Au niveau des collèges d’enseignement secondaires (CES), il y a celui de Mokio, et de Mayo plata qui a vu le jour l’année passée, il y a le collège d’enseignement technique et industriel de Tokombéré. Bref, nous avons des infrastructures scolaires qui verront le jour ou leur consolidation grâce à l’aval de nos élites comme le président de l’Assemblée nationale, l’honorable Cavaye Yeguie Djibril qui nous épaule beaucoup dans presque toutes nos actions. S’il décide qu’on fasse certaines choses aujourd’hui, elles vont réussir. Ces établissements scolaires sont assez pourvus en élèves qui y vont régulièrement.

Contrairement à ce que les gens ont souvent pensé de l’éducation de la jeune fille dans l’Extrême Nord, celle de la commune de Tokombéré va régulièrement à l’école. Nos jeunes filles ne restent pas à la maison ou au village. Franchement elles vont à l’école où elles se distinguent par leur intelligence et leurs résultats.

Mbolo cameroon : Monsieur le Maire, nous savons que des personnalités comme Cavaye Yeguié Djibril le président de l’Assemblée nationale ou Sa Majesté Boukar Tikiré le président de la fédération camerounaise d’haltérophilie et bien d’autres sont originaires de Tokombéré. Pouvez vous dire quelles relations vous entretenez avec les élites de votre commune ?

kari deguer : Nos rapports avec nos élites sont bons. Nous entretenons des rapports cordiaux. Je suis en parfaite relation avec elles. Quand bien même il y aurait de petites mésententes, nous mettons l’intérêt de la commune au dessus de tout. S’il faut voir les petites situations que les gens créent entre eux, on ne peut que leur prodiguer des conseils. Nous nous battons chaque fois de le faire dans le bon sens afin qu’il y ait compréhension. Nous essayons de leur faire comprendre que nous sommes tous natifs de là. Nous prônons toujours le respect mutuel et celui des aînés. Il faut savoir vivre avec les aînés et les élites. Chacun devrait reconnaître et respecter sa place dans la société. On ne peut grandir spontanément pour être à la hauteur de ces personnalités. Toutes ces élites sont des frères et sont issues de la même région. Il va aussi sans dire qu’il y a des gens qui viennent pour vous tenter, pour se plaindre par exemple de la marginalisation. Ce qui n’est pas vrai, il faut approcher les gens, se rapprocher des gens pour que l’harmonie soit parfaite. Il y a des tentatives de déstabilisation de temps à autre, mais nous gérons en bon père de famille. Si vous écoutez les uns sans le faire des autres, alors vous n’êtes pas le père de tout le monde. Quand vous êtes le père, vous pouvez donner des enfants sorciers alors que vous ne l’êtes pas. Vous avez parmi ceux-là, des enfants respectueux et ceux qui ne le sont pas. En tant que père de famille, vous devez gérer toutes ces diversités de personnes et de comportements en faisant savoir aux uns et aux autres où est l’homme.

MBOLO CAMEROON : Monsieur le Maire, votre mot de la fin.

kari deguer : D’abord vous dire merci pour l’occasion que vous m’avez donné pour parler en longueur de la commune de Tokombéré. Ce n’est pas toujours courant. Je vous prie de continuer sur cette lancée. Pour ma part, je pense que quand vous vivez, il est bon et meilleur de souhaiter la vie à tous ceux qui vous suivent et leur dire que la vie n’est pas aussi compliquée. Pour quelqu’un qui est simple, la vie lui est aussi simple. Pour celui qui est compliqué, ce n’est pas à autrui, mais à lui-même que les choses seront compliquées. Donc il vaut mieux être simple et vivre simplement avec n’importe qui que ce soit. La vie est ainsi faite. Nous avons une certaine durée sur cette terre et après on va partir.

Propos recueillis en septembre 2010 par Etienne Didier ONANA

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